Le Coran désigne l’adultère et la fornication par un même mot, la zina. Pour le fornicateur et la fornicatrice non mariés, il prescrit cent coups de fouet (sourate An-Nûr, 24:2). Pour la personne mariée, le droit musulman classique retient la lapidation, établie par la Sounnah. Ces peines, les houdoud, supposent un tribunal islamique légitime et des preuves presque impossibles à réunir. Dans les pays où la charia ne s’applique pas, personne n’a le droit de les exécuter. Le fautif répond alors devant Allah, et seul le repentir sincère efface la faute.

Ce rappel s’adresse à chacun d’entre nous. Beaucoup parlent des sanctions de la zina sans science, et d’autres caricaturent notre religion. Revenons au Livre d’Allah, à la Sounnah de Son Messager ﷺ et à la compréhension des savants.

Que signifie la zina ? Adultère et fornication en Islam

Le mot zina désigne toute relation charnelle hors des liens du mariage. Les juristes distinguent deux situations :

  • la fornication, relation illicite entre personnes non mariées ;
  • l’adultère, la même faute commise par un homme ou une femme mariés, ou qui l’ont été dans un mariage consommé (état dit d’ihsân).

La distinction ne change pas la nature du péché. Elle change la sanction prévue, comme nous le verrons. Allah dit :

« Et n’approchez point la fornication. En vérité, c’est une turpitude et quel mauvais chemin ! » (sourate Al-Isrâ’, 17:32)

Allah n’interdit pas seulement l’acte, Il interdit de s’en approcher. Le regard insistant, l’isolement avec une personne étrangère et la conversation entretenue en secret ouvrent le chemin de la faute, et le verset ordonne de ne pas s’y engager.

Un péché majeur dans le Coran et la Sounnah

Allah cite la zina parmi les fautes les plus graves, après le fait de Lui donner un associé et le meurtre :

« Ceux qui n’invoquent pas d’autre dieu avec Allah, ne tuent pas la vie qu’Allah a rendue sacrée, sauf à bon droit, et ne commettent pas de fornication. Quiconque fait cela rencontrera le prix de son péché. » (sourate Al-Furqân, 25:68)

Le Prophète ﷺ, interrogé sur le plus grand des péchés, mentionna le fait d’associer autrui à Allah, puis de tuer son enfant par crainte de la pauvreté, puis de commettre l’adultère avec l’épouse de son voisin (Al-Boukhârî et Mouslim). La faute d’une personne mariée pèse plus lourd encore, parce qu’elle trahit un engagement solennel, brise un foyer et jette le doute sur les filiations.

Quelles sanctions la loi islamique prévoit-elle ?

Les peines de la zina appartiennent aux houdoud, des sanctions fixées par le Législateur, que personne ne peut alourdir ni alléger. Elles varient selon que le coupable est marié ou non.

La personne non mariée : cent coups de fouet

« La fornicatrice et le fornicateur, fouettez-les chacun de cent coups de fouet. Et ne soyez point pris de pitié pour eux dans l’exécution de la loi d’Allah, si vous croyez en Allah et au Jour dernier. » (sourate An-Nûr, 24:2)

La majorité des juristes ajoute, d’après la Sounnah, un éloignement d’une année. Cette peine vise le célibataire dont la faute a été prouvée devant un juge, dans les conditions décrites plus bas.

La personne mariée : la lapidation dans le droit classique

Pour l’homme ou la femme mouhsan, les quatre écoles sunnites retiennent la lapidation (rajm). Elles s’appuient sur des hadiths authentiques, dont la parole du Prophète ﷺ rapportée par ‘Oubâda ibn as-Sâmit (Mouslim) et les récits de Mâ’iz et de la femme Ghâmidiyya, venus d’eux-mêmes avouer leur faute et réclamer la purification. Des auteurs contemporains contestent cette peine en s’en tenant au seul verset 24:2. Les quatre écoles maintiennent l’avis que nous venons d’exposer.

La femme et le mari : une même sanction

La sanction est la même pour la femme et pour l’homme, et beaucoup l’ignorent. Le verset 24:2 nomme la fornicatrice puis le fornicateur, sans aucune différence de peine, et les conditions de preuve sont identiques. Chacun répond de ses propres actes devant Allah, homme ou femme.

Des conditions de preuve presque impossibles à réunir

Les détracteurs de l’Islam passent ce point sous silence, et trop de musulmans ne le connaissent pas. Pour établir la zina devant un juge, la loi exige l’un de ces deux moyens :

  1. le témoignage de quatre hommes intègres ayant vu l’acte lui-même, dans une précision que la pudeur interdit de décrire ici ; un tel concours de circonstances ne se produit pour ainsi dire jamais ;
  2. l’aveu libre de la personne, réitéré, qu’elle peut retirer à tout moment, y compris pendant l’exécution de la peine.

Le Prophète ﷺ a détourné son visage de Mâ’iz à plusieurs reprises et lui a suggéré des excuses avant d’accepter son aveu. Les juristes en ont tiré la règle « repoussez les houdoud par les doutes ». Le moindre doute suspend la peine. Une grossesse hors mariage ne suffit pas chez la majorité des savants dès qu’une autre explication reste possible.

Celui qui accuse une femme chaste sans produire quatre témoins reçoit lui-même quatre-vingts coups de fouet, et son témoignage est rejeté à jamais (sourate An-Nûr, 24:4). Cette peine du calomniateur protège l’honneur des gens contre les rumeurs et les accusations lancées sans preuve.

Nous ne vivons pas sous la charia : quelle sanction alors ?

Seule une autorité judiciaire légitime peut établir et appliquer un hadd, après procès et preuves. Jamais un individu, jamais une famille, jamais un groupe. En France, en Belgique, au Canada ou ailleurs, le musulman est tenu de respecter la loi du pays, et celui qui frappe ou tue de sa propre initiative commet un crime devant la justice des hommes en plus d’un péché immense devant Allah.

La faute échappe-t-elle alors à toute sanction ? Non, et elle ne vous sort pas non plus de l’Islam. Celui qui meurt sans repentir répond de sa zina au Jour du Jugement, et le Coran annonce pour cela un châtiment doublé (25:68-69). Le Prophète ﷺ a dit, dans le hadith du serment d’allégeance rapporté par ‘Oubâda ibn as-Sâmit :

« Celui qui commet l’une de ces fautes et reçoit sa sanction ici-bas, elle lui sert d’expiation. Celui qui commet l’une de ces fautes et qu’Allah couvre, son sort revient à Allah : s’Il veut, Il le châtie, et s’Il veut, Il lui pardonne. » (Al-Boukhârî et Mouslim)

Ce hadith donne l’alternative pour celui qui a fauté dans un pays où aucune peine ne sera appliquée :

  • le repentir sincère, qui efface la faute ; des savants, dont Ibn Taymiyya, considèrent que celui qui se repent avant toute procédure n’encourt plus la peine ;
  • la discrétion : se couvrir du voile d’Allah, ne pas se dénoncer et ne pas raconter sa faute ;
  • les bonnes œuvres, car « les bonnes œuvres dissipent les mauvaises » (sourate Hûd, 11:114).

Quant au conjoint trahi, il dispose des recours que la loi de son pays lui offre, le divorce civil en premier lieu, et des voies que notre religion lui ouvre, le pardon ou la séparation. Nous les détaillons plus bas.

Entre époux : la procédure du li’ân

Que faire lorsqu’un mari affirme avoir vu sa femme le trahir, sans pouvoir produire quatre témoins ? Le Coran a prévu ce cas par la procédure du li’ân (sourate An-Nûr, 24:6-9). Le mari jure quatre fois par Allah qu’il dit vrai, puis une cinquième fois en appelant sur lui la malédiction d’Allah s’il ment. La femme écarte la peine en jurant quatre fois qu’il ment, puis en appelant sur elle la colère d’Allah s’il disait vrai. Le juge prononce ensuite la séparation définitive des époux, et le jugement du fond est remis à Allah. Quand la preuve humaine fait défaut, l’Islam renvoie l’affaire au Juge des juges au lieu de condamner sur un soupçon.

Mon mari ou ma femme m’a trompé(e) : que dois-je faire ?

Si votre époux ou votre épouse vous a trahi, votre douleur est légitime et Allah la voit. Sachez que l’adultère ne rompt pas le mariage par lui-même. Contrairement à une idée répandue, votre union reste valide. Vous avez trois voies devant vous :

  • Le pardon. Si le fautif manifeste un repentir sincère, rompt tout lien avec la personne concernée et revient vers Allah, vous pouvez choisir de maintenir le foyer. Les savants y voient un bien lorsque des enfants sont là et que la confiance peut renaître.
  • La séparation. Si le conjoint persiste dans sa conduite ou que la confiance est morte, le divorce est permis, et les savants l’ont jugé préférable dans ce cas. Dans nos pays, il passe par les tribunaux civils, et rien dans notre religion ne l’empêche. Vous ne portez aucun péché pour avoir refusé de vivre dans la trahison.
  • La consultation. Ne restez pas seul face à cette épreuve. Parlez-en à une personne de science, à un imam ou à un conseiller conjugal digne de confiance, en préservant le secret du foyer.

Ne divulguez pas la faute, ni à la famille élargie, ni aux amis, ni sur les réseaux. L’exposition ruine toute chance de réparation et ajoute un mal à un autre. Il est preferable de constitué un professionnel pour vous accompagner à la réconciliation de couple.

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Le repentir efface la faute

Que celui qui est tombé dans la zina ne désespère pas de la miséricorde d’Allah. Le verset qui menace le fornicateur d’un châtiment doublé se poursuit ainsi :

« Sauf celui qui se repent, croit et accomplit une bonne œuvre : ceux-là, Allah changera leurs mauvaises actions en bonnes, et Allah est Pardonneur et Miséricordieux. » (sourate Al-Furqân, 25:70)

Le repentir sincère exige de cesser la faute sur-le-champ, de la regretter du fond du cœur et de prendre la ferme résolution de ne pas y revenir. Si un droit d’autrui a été lésé, il faut le réparer.

Celui qui a fauté en secret n’a pas à se dénoncer, ni devant un tribunal, ni devant les hommes. Le Prophète ﷺ a dit : « Que celui qui a été éprouvé par l’une de ces turpitudes se couvre du voile d’Allah » (rapporté par Mâlik et Al-Hâkim). Il a dit aussi : « Tous les membres de ma communauté seront préservés, sauf ceux qui affichent leurs péchés » (Al-Boukhârî et Mouslim). L’affaire se règle entre le serviteur et son Seigneur.

Prévenir la zina : les remparts de l’Islam

Notre religion ferme les chemins de la faute avant d’en punir l’aboutissement. Voici ce qu’elle vous ordonne de tenir :

  • Baissez le regard, hommes et femmes, comme Allah l’ordonne dans la sourate An-Nûr (24:30-31).
  • Refusez l’isolement avec une personne du sexe opposé étrangère à votre famille proche. Le Prophète ﷺ a dit : « Jamais un homme ne s’isole avec une femme sans que le Chaytân soit leur troisième » (At-Tirmidhî). Les messageries privées comptent autant que les lieux clos.
  • Mariez-vous tôt et facilitez le mariage autour de vous. Le Prophète ﷺ a dit : « Ô jeunes gens, que celui d’entre vous qui en a les moyens se marie, et que celui qui ne le peut pas jeûne » (Al-Boukhârî et Mouslim).
  • Entretenez votre foyer par l’affection, le dialogue et le respect des droits mutuels des époux.
  • Remplissez votre vie de prière, de Coran, de science et d’œuvres utiles.

Conclusion

Notre religion dit la gravité de l’adultère et de la fornication par une peine sévère dans son principe. Elle protège les personnes du soupçon et de la calomnie par des conditions de preuve presque inapplicables. Elle ouvre la porte du repentir jusqu’au dernier souffle. Pour nous qui vivons hors de tout cadre de charia, aucune peine ne s’applique ici-bas ; le compte se rend devant Allah, et le repentir sincère l’efface.

Gardez vos regards et gardez vos foyers. Si la faute est passée, revenez à Allah, Il aime ceux qui reviennent. Qu’Allah préserve nos familles et nous fasse mourir sur la pureté.

Si cet article vous a éclairé, partagez-le autour de vous : « Celui qui guide vers un bien a la même récompense que celui qui l’accomplit » (Mouslim). Pour toute situation personnelle, rapprochez-vous d’un imam ou d’une personne de science de votre région.

Questions fréquentes sur l’adultère en Islam

Quelle différence entre adultère et fornication en Islam ?

Les deux relèvent de la zina. La fornication désigne la relation hors mariage entre célibataires, l’adultère la faute d’une personne mariée ou l’ayant été. Le péché est de même nature, la sanction prévue diffère : cent coups de fouet dans le premier cas, la lapidation dans le second d’après le droit classique.

La sanction est-elle la même pour la femme et pour le mari ?

Oui. Le verset 24:2 vise la fornicatrice et le fornicateur d’une même peine, et les conditions de preuve sont identiques. Aucun texte ne punit la femme plus que l’homme.

Un musulman peut-il appliquer lui-même la sanction ?

Non, jamais. Les houdoud relèvent d’une autorité judiciaire légitime, après procès et preuves. Se faire justice soi-même est un crime et un péché. Dans un pays comme la France, le musulman respecte la loi du pays.

Que se passe-t-il quand on vit dans un pays sans charia ?

Aucune peine ne s’applique et personne ne peut l’exécuter. Celui qui a fauté se tourne vers le repentir, la discrétion et les bonnes œuvres, d’après le hadith de ‘Oubâda ibn as-Sâmit, et son sort revient à Allah. Le conjoint trahi dispose du pardon ou du divorce civil.

Allah pardonne-t-il l’adultère ?

Oui. Le repentir sincère efface la faute, et Allah promet de changer les mauvaises actions en bonnes (25:70). Celui qui a fauté en secret se repent entre lui et son Seigneur, sans se dénoncer.

Dois-je divorcer si mon conjoint m’a trompé(e) ?

Non, rien ne vous y oblige. Le mariage reste valide. Vous pouvez pardonner si le repentir est sincère, ou demander la séparation si la confiance est rompue. Les deux choix sont permis et aucun péché ne pèse sur vous, dans un cas comme dans l’autre.