Des millions de musulmans francophones ne lisent pas encore l’arabe, et beaucoup d’entre eux se tournent vers une traduction pour ne pas rester étrangers au Livre d’Allah. La question de la récompense se pose alors naturellement, et elle mérite une réponse précise plutôt que des approximations. Lire le Coran en français rapporte-t-il les dix bonnes actions par lettre promises dans la Sunna, une autre récompense, ou rien du tout ? Les savants de la Sunna ont répondu à cette question avec clarté, et leur réponse réserve à la fois une bonne nouvelle et un rappel important. Cet article expose leurs paroles, explique comment lire le Coran en français de la manière la plus profitable et met en garde contre la fausse solution de la phonétique.

Le Coran a été révélé en arabe

Avant de parler de récompense, il faut poser une vérité de croyance sur laquelle les savants sont unanimes. Le Coran est la parole d’Allah révélée en langue arabe, dans ses mots comme dans son sens. Allah dit dans Sa révélation

إِنَّا أَنزَلْنَاهُ قُرْآنًا عَرَبِيًّا لَّعَلَّكُمْ تَعْقِلُونَ

« Nous l’avons fait descendre, un Coran en langue arabe, afin que vous raisonniez. » (Sourate Yusuf, verset 2)

Une traduction, aussi soignée soit-elle, reste un travail humain qui tente de transmettre les sens des versets dans une autre langue. Les savants ne la considèrent donc pas comme étant le Coran lui-même, mais comme une interprétation de ses sens, autrement dit une forme de tafsir (exégèse). C’est pour cette raison que les éditions sérieuses, comme celles du Complexe du Roi Fahd à Médine, portent le titre de traduction des sens du Noble Coran et jamais celui de Coran en français. Cette distinction n’est pas un détail de vocabulaire, elle commande toute la réponse sur la récompense.

Lire le Coran en français, quelle récompense ?

La récompense propre à la récitation en arabe

La récompense la plus connue attachée à la lecture du Coran figure dans le hadith d’Ibn Mas’ud, qu’Allah l’agrée, où le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit

مَنْ قَرَأَ حَرْفًا مِنْ كِتَابِ اللَّهِ فَلَهُ بِهِ حَسَنَةٌ، وَالْحَسَنَةُ بِعَشْرِ أَمْثَالِهَا، لَا أَقُولُ الم حَرْفٌ، وَلَكِنْ أَلِفٌ حَرْفٌ وَلَامٌ حَرْفٌ وَمِيمٌ حَرْفٌ

« Celui qui lit une lettre du Livre d’Allah aura une bonne action, et la bonne action est multipliée par dix. Je ne dis pas que Alif Lam Mim est une lettre, mais Alif est une lettre, Lam est une lettre et Mim est une lettre. » (Rapporté par at-Tirmidhi, authentifié)

Les savants qui ont été interrogés sur ce hadith, notamment dans la fatwa de référence publiée par IslamQA sous la supervision de Cheikh al-Munajjid, précisent que cette récompense est réservée à celui qui lit le Coran en arabe. En effet, les lettres dont parle le Prophète صلى الله عليه وسلم sont celles du Livre d’Allah, alif, lam et mim, et non les lettres d’un texte français composé par un traducteur. Celui qui lit une traduction ne récite pas la parole d’Allah, il lit un commentaire de ses sens.

La récompense de celui qui lit une traduction

Faut-il en conclure que la lecture en français ne rapporte rien ? Certainement pas, et c’est là la bonne nouvelle. Les mêmes savants enseignent que celui qui lit une traduction des sens du Coran pour comprendre la parole de son Seigneur, méditer ses versets et en tirer profit sera récompensé pour cela. Sa lecture entre dans la récompense de la lecture du tafsir et dans celle de la recherche du savoir religieux, deux portes immenses du bien. Cheikh Ibn Baz, qu’Allah lui fasse miséricorde, affirmait que lire une traduction du Coran est bénéfique pour celui qui ne comprend pas l’arabe, tout en précisant que cela ne remplace pas la lecture en arabe et n’en donne pas la même récompense. La récompense dépend alors de l’intention, et la grâce d’Allah est immense pour celui qui cherche sincèrement à comprendre Son Livre.

Le francophone qui lit chaque jour quelques pages de la traduction des sens avec le désir de connaître les ordres d’Allah, Ses interdits et Ses histoires n’est donc pas perdant, bien au contraire. Il accomplit une adoration réelle, celle du tadabbur (la méditation du sens), que le Coran lui-même ordonne aux croyants. Il doit simplement savoir que cette lecture ne dispense pas de l’objectif final, lire un jour la parole d’Allah telle qu’elle a été révélée.

Comment lire le Coran en français ?

Puisque la traduction est un moyen de comprendre et non une fin, autant en tirer le meilleur profit. Quelques habitudes rendent cette lecture réellement féconde.

  • Choisir une traduction fiable. Les traductions diffusées par le Complexe du Roi Fahd de Médine, révisées par des gens de science, font référence pour le lecteur francophone.
  • Lire avec une intention claire. Chercher à comprendre la parole d’Allah pour la mettre en pratique transforme la lecture en adoration, la curiosité seule n’a pas le même poids.
  • Accompagner la lecture d’un tafsir reconnu. Le tafsir d’Ibn Kathir, disponible en français, éclaire les versets par les paroles du Prophète صلى الله عليه وسلم et des compagnons, et protège des interprétations personnelles.
  • Associer l’écoute de la récitation en arabe. Écouter un récitateur tout en suivant la traduction fait profiter du texte révélé et de son sens en même temps, et habitue l’oreille à la langue du Coran.
  • Avancer avec régularité. Quelques pages chaque jour, après une prière par exemple, pèsent plus lourd qu’une lecture massive une fois par mois, car les actes les plus aimés d’Allah sont les plus constants.

Lire le Coran en phonétique, une fausse solution

Beaucoup de débutants passent par les transcriptions en lettres latines pour réciter les sourates sans savoir lire l’arabe. La démarche part d’une bonne intention, mais les gens de science l’ont clairement déconseillée, et le Comité permanent de l’Ifta d’Arabie Saoudite a interdit la transcription du Coran en caractères latins. En effet, l’alphabet latin ne peut pas rendre les lettres propres à l’arabe, le ’ayn, le kha, les emphatiques, si bien que celui qui lit une phonétique prononce en réalité autre chose que les mots révélés, parfois jusqu’à en changer le sens. La parole d’Allah mérite mieux qu’une approximation qui la déforme.

Pour les sourates nécessaires à la prière, la voie des compagnons reste la seule sûre, apprendre de bouche à oreille auprès de quelqu’un qui récite correctement, en répétant après lui verset par verset. Un enfant y parvient sans savoir lire, un adulte aussi. Quant à la lecture elle-même, quelques mois suffisent pour apprendre à déchiffrer l’arabe avec une méthode comme la qa’ida nouraniya, un investissement sans commune mesure avec ce qu’il rapporte. Le tableau suivant résume les trois situations.

CritèreLecture en arabeTraduction françaisePhonétique
Statut du texteParole d’Allah révéléeInterprétation humaine des sens, assimilée à un tafsirDéformation de la parole d’Allah, interdite par le Comité permanent
RécompenseDix bonnes actions par lettre, double récompense pour celui qui peineRécompense de la recherche du savoir et de la méditation, selon l’intentionAucune récompense établie, risque de prononcer autre chose que le texte
Dans la prièreObligatoire pour al-Fatiha et la récitationNon valableNon valable
Place à lui donnerObjectif de tout musulmanComplément précieux pour comprendreÀ délaisser au profit de l’apprentissage de la lecture

Apprendre à lire l’arabe, l’objectif à viser

La traduction accompagne le musulman francophone, elle ne doit pas l’installer définitivement loin du texte révélé. La Sunna réserve d’ailleurs un encouragement magnifique à celui qui se lance dans la lecture en arabe malgré la difficulté, puisque le Prophète صلى الله عليه وسلم a dit, d’après Aisha, qu’Allah l’agrée

الَّذِي يَقْرَأُ الْقُرْآنَ وَهُوَ مَاهِرٌ بِهِ مَعَ السَّفَرَةِ الْكِرَامِ الْبَرَرَةِ، وَالَّذِي يَقْرَأُ الْقُرْآنَ وَيَتَتَعْتَعُ فِيهِ وَهُوَ عَلَيْهِ شَاقٌّ لَهُ أَجْرَانِ

« Celui qui récite le Coran avec aisance sera avec les nobles anges scribes, et celui qui récite le Coran en hésitant, avec difficulté, aura deux récompenses. » (Rapporté par al-Bukhari et Muslim)

Le débutant qui bute sur chaque lettre reçoit donc davantage que le lecteur aguerri, une récompense pour sa lecture et une autre pour sa peine. Ce hadith à lui seul devrait suffire à convaincre le francophone de se mettre à l’apprentissage de la lecture, auprès d’un institut, d’une mosquée ou d’un enseignant en ligne. En attendant d’y parvenir, la traduction des sens accompagnée de l’écoute de la récitation constitue la meilleure manière de rester attaché au Livre d’Allah. L’Académie Bayan vous permet d’apprendre le Coran en ligne ou que vous soyez. Vous n’avez donc plus d’excuses !

Ce qu’il faut retenir

Oui, il y a une récompense à lire le Coran dans une autre langue que l’arabe, celle de la méditation, de la compréhension et de la recherche du savoir, à la mesure de l’intention du lecteur. La récompense de la lettre multipliée par dix reste en revanche attachée à la récitation du texte révélé en arabe, car la traduction est une explication des sens et non le Coran lui-même.

Le musulman francophone gagne donc sur les deux tableaux en lisant la traduction pour comprendre dès aujourd’hui, tout en apprenant à lire l’arabe pour réciter demain la parole d’Allah telle qu’elle est descendue, avec la double récompense promise à celui qui s’y efforce. La phonétique, elle, ne mène nulle part et déforme ce qu’elle prétend transmettre, autant investir ce temps dans l’apprentissage véritable, qu’Allah facilite à quiconque se tourne sincèrement vers Lui.